Mon espace personnel

Le Rova d'Ambohimanga, un palais royal sur une colline bleue

Sale, polluée et bruyante, Antananarivo manque très vraisemblablement de charme au premier abord, notamment pour le touriste qui vient d'atterrir pour commencer son circuit à Madagascar. Aussi, une excursion dans les environs de la capitale présente souvent l'alternative idéale pour découvrir la campagne environnante, tout en s'imprégnant de l'histoire de la Grande Ile.

Au pied des 12 collines qui cerclent la ville, le vent s’engouffre sans pitié dans cette large vallée quadrillée de rizières, faisant frémir les feuilles des jacarandas en fleurs. Celle d'Ambohimanga qui signifie "la colline bleue" est inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco pour son cadre plaisant, mais surtout parce qu'elle abrite l'une des splendeurs de la dynastie Merina. 

Une histoire de rois et de reines

Située à 21 kilomètres au nord d'Antananarivo, à Ambohimanga, l’ancienne capitale fortifiée reste un haut lieu de la monarchie des Hautes Terres où régna en maître, du haut de ses 53 lettres, Andrianampoinimerina de 1787 à 1810.

Dans ce palais dont les fortifications sont construites en ciment à base d'oeuf, une technique de maçonnerie qui ne manque pas de singularité, s'élève le Bevato, une grande case rudimentaire en bois de 10 mètres de haut aux murs tapissés de lances, de boucliers et d’ustensiles de cuisine. Le roi avait l'usage de partager son lit placé presque au niveau du plafond avec l'une des femmes de son choix, tandis que les autres dormaient en rang, sagement alignées à même le plancher.

Juste à côté de la résidence royale, dans l'enceinte du Rova, une charmante résidence construite pour les 3 reines Ranavalona, héritières de Radama le fils du souverain, qui venaient y séjourner le week-end. Elle contient encore aujourd'hui du mobilier d'époque, ainsi que des tableaux.

Dans la cour, une grande cuvette attire l'attention des visiteurs... Les femmes y jettent des cailloux, non par pour faire un voeu comme lorsque l'on lance une pièce au fond d'une fontaine, mais dans l'espoir de devenir fécondes. Au-delà des croyances et du caractère historique qui a marqué les Hautes Terres malgaches, le Rova accueille encore des pèlerins qui arrivent à Ambohimanga de toute l'île pour s'y recueillir.

Rova Ambohimanga @Servane Rigault

Un empire qui n'est plus à conquérir

La situation privilégiée de ce site historique peu fréquenté offre un panorama de collines onduleuses à perte de vue. C'est un excellent belvédère pour observer la vie rurale et agricole, tout en restant une visite totalement hors des sentiers battus.

Dans les champs, les gardiens de zébus, impassibles, surveillent leurs bêtes, de bien maigres et pauvres animaux emblématiques de la Grande Ile qui, contrairement à la vache indienne, ne méritent pas pour autant le statut privilégié d’animal sacré. Dans ce paysage aride, sur des terres essentiellement exploitées pour le culture du riz, on reconnaît l’habitat traditionnel des hauts-plateaux. De hautes maisons construites en brique ocre comme la couleur de la terre de la Grande Ile.

Si l'âme du Rova continue de marquer les uns, les autres ont bel et bien oublié depuis longtemps les insurrections paysannes et l'unification de l'île par la force, menée par Andrianampoinimerina au XVIIIe siècle.

Bien que le plus représenté sur tout le territoire malgache, le peuple Merina, toujours aussi digne de son rang, est résolument pacifiste. Vous pourrez le constater vous-même en vous imprégnant de l'atmosphère qui se dégage de la carte postale depuis la "colline bleue", où tout n'est que quiétude et langueur...

Servane Rig
16 contributions
Mis à jour le 25 novembre 2015