Où partir ?
  • Avec qui partir ?
  • Quelle activité ?
  • Quelle période ?
  • Quel style de voyage ?

La plantation de thé de Sahambavy : pas de santé sans thé !

Pour celui qui a choisi, lors de son voyage à Madagascar, de faire l’impasse sur la visite des vignobles de Fianarantsoa, par faute de goût ou tout simplement par acte de chauvinisme, une étape au paradis du thé de Madagascar peut s’avérer aussi stimulante par ses apports en théine ! Thé de caractère plutôt corsé, le thé produit à Madagascar se rapproche davantage du thé à l’anglaise que du thé asiatique. Aussi, pour parfaire cet « english taste », on le dégusterait volontiers avec un nuage de lait ou même un peu de sucre pour en adoucir le goût…

Mais, au-delà d’un rituel, d’une cérémonie empreinte de tradition comme on peut la retrouver au Japon, la culture du thé est à replacer avant tout dans son cadre naturel pour mieux en comprendre toute la subtilité, son histoire et sa place dans la société.

Sur la route du thé, le temps d’un voyage gustatif et odorant !

Surnommé « le champ des femmes » en malgache, Sahambavy, le seul pôle de production de la Grande île doit-il son nom à ce décor, dont les douces courbes des plantations, succession de collines d’un vert tendre et lumineux, peuvent évoquer les rondeurs et la sensualité féminine ?

Pour le vérifier, il faut emprunter la fameuse RN7 en direction du sud depuis Tananarive sur près de 400 kilomètres, avant d'entreprendre un parcours insolite et épique durant environ 45 minutes sur une piste chaotique. Une route qu’utilisent tous les jours les camions chargés de cet « or noir » dont 80% de la production est exportée, notamment à destination de Mombassa au Kenya où se tient l’une des plus importantes bourses au thé au monde.

Là, enfin, le paysage de brousse s’ouvre soudain sur la carte postale typique de ces vallées verdoyantes qui frémissent sous le vent, dans un kaléidoscope de verts intenses.

Gare de Sahambavy @flickr cc ecololo

Une histoire de culture…

Grâce à unclimat humide et une altitude favorable comprise entre 800 et 1200 mètres, les premiers essais réalisés en 1970 avec des boutures en provenance du Kenya se sont montrés suffisamment concluants pour pourvoir lancer la construction d'une première usine dès 1978. Avec près de 335 hectares de plantations et une production journalière en moyenne de 20 tonnes de feuilles ramassées à la main par environ 250 personnes, le domaine, privatisé depuis 1996, a cédé près de 94 hectares en auto-gestion aux paysans.

Pas plus grand qu'une salle municipale, il est difficile de concevoir l'importance de ce pôle de production dans l'économie malgache et à l'échelle internationale, sachant d'autant plus que les Malgaches n'ont jamais entretenu une réputation de buveurs de thé.

Situé dans un cadre champêtre non dénué de charme, au bord d'un agréable petit lac, la tranquillité des lieux qui inspire calme et sérénité ne laisse pas non plus soupçonner un instant l'ardeur suscitée par cette activité presque industrialisée. Passer quelques heures ici constituera l'une des belles découvertes de votre voyage.

Une fourmilière à taille humaine…

Cueillette, flétrissure, broyage, roulage, fermentation, séchage, torréfaction et filtrage : c'est toute une chaîne de manipulations et de techniques minutieuses qui précède la phase d'emballage final avant l'expédition vers les pays importateurs. Rentabilité oblige, la capacité des machines permet de traiter entre 200 à 600 kg de thé par heure. Avec une productivité de 50 à 100 kg par jour en moyenne et tenant compte d'un salaire de 60 Ar le kg, la récompense d'une mère de famille chargée de la cueillette reste bien maigre : 6000 Ar soit environ 2 euros par jour !

Bien heureusement , grâce à la mise en place d'un pôle d'initiative dans la plantation de Sahambavy, le travail des enfants a été interdit et une école a été créée spécialement pour les enfants des parents salariés de l'exploitation. Une mesure nécessaire bien que compliquée à appliquer, la tradition valant son pesant d'or dans la culture malgache, selon laquelle les enfants ont toujours aidé les parents pour tous types de tâches.

La question des droits sociaux abordée, libre à vous de goûter ce fameux nectar parmi les différentes qualités obtenues (Dust, Pekoe Dust, Pekoe Fannings ou encore Broken Pekoe) dont la plantation se vante des bienfaits nutritionnels à travers son slogan publicitaire :"Pas de santé sans thé !"

Servane Rig
16 contributions
Mis à jour le 7 mars 2016