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Eric La Bonnardière signe une tribune sur le renouveau du tourisme dans Le Monde

Juillet 2019 - Le Président d'Evaneos signe une tribune dans Le Monde : "Le voyagiste Eric La Bonnardière estime dans une tribune au "Monde" qu’il faut réinventer d’urgence le modèle du voyage, même si désormais la prise de conscience des impacts négatifs du tourisme de masse est acquise."

Depuis quand n’avons-nous pas fondamentalement innové dans le tourisme ? Nous ne pouvons que constater que le secteur du tourisme international est en retard sur la prise de conscience de son impact, en comparaison à d’autres industries.   

L’annonce d’une écotaxe sur les billets d’avion divise. Des voix s’élèvent pour ou contre cette mesure. Chacun avec son prisme. Chacun avec sa légitimité. Cette décision me semble révélatrice de la fin du statu quo, chaque acteur économique dans son secteur d’activités doit prendre ses responsabilités.
Au-delà de la question d’une écotaxe, quelles sont les responsabilités du tourisme ?

Je suis convaincu que c’est le modèle même qu’il faut réinventer. La prise de conscience des impacts négatifs du tourisme de masse est aujourd’hui acquise. Mais quand l’industrie prendra-t-elle le risque de modifier en profondeur son comportement ?

Le tourisme représente 10% du PIB mondial, ce qui en fait la première industrie au monde. Près de 300 millions d’emplois à l’international sont liés au tourisme faisant d’un employé sur dix un employé du secteur touristique.

Dans le même temps, le tourisme est soumis à des logiques de globalisation, d’optimisation et de standardisation qui l’ont transformé bien souvent en simple produit de consommation.

Le voyage est bien plus qu’un simple produit de consommation, c’est une ressource. Une ressource pour l’être qui permet de s’ouvrir, de rencontrer, de connaître le monde et de se connaître soi-même.

Le voyage est une ressource

Cependant, je crois que le voyage est bien plus qu’un simple produit de consommation, c’est une ressource. Une ressource pour l’être qui permet de s’ouvrir, de rencontrer, de connaître le monde et de se connaître soi-même.

Si une prise de conscience globale s’est installée ces dernières années sur certains effets négatifs du tourisme de masse, les solutions, au-delà des mesures restrictives prises par certaines villes, tardent à émerger. Aujourd’hui, l’industrie du tourisme est en train de scier la branche sur laquelle elle est assise.

1,4 milliard, c’est le nombre de touristes internationaux dans le monde aujourd’hui. D’ici 10 ans, ils seront 400 millions de plus. Mais est-ce tenable si 46% d’entre eux, comme c’est le cas aujourd’hui, se concentrent dans seulement 10 pays ?

Car l’industrie du tourisme endommage, transforme, et ne valorise plus. Si l’une des questions est de savoir qui du voyageur ou du local doit être façonné pour vivre l’expérience, le réel enjeu reste la préservation des destinations et des cultures. Les dommages, ce sont par exemple les temples d’Angkor au Cambodge où l’on demande aux populations locales de s’adapter à l’afflux considérable de touristes : les marchands des petits stands informels doivent cesser leur activité au profit de magasins physiques répondant à la demande standardisée de ce tourisme de masse, au détriment des communautés locales. Les populations subissent les dommages dans le but d’accueillir toujours plus d’infrastructures, vidant ainsi les destinations de leur culture qui font leur richesse et l’origine de leur attrait touristique. Et tout cela sans nécessairement bénéficier financièrement aux communautés locales. En Thaïlande, 70% des revenus issus du tourisme repartent à l’étranger, car les hôtels par exemple sont détenus en majorité par des structures internationales.

En parallèle de ces enjeux sociaux et culturels, la massification du tourisme a également un impact environnemental significatif. Certains territoires sont sous pression.

Nous avons trahi la promesse du voyage en confondant démocratisation et uniformisation.

Les changements indispensables pour un autre voyage

Dans notre course au gigantisme, nous avons formaté les voyages. Nous avons trahi la promesse du voyage en confondant démocratisation et uniformisation.

Face à ce constat, trois changements conséquents doivent être menés par nous, professionnels du tourisme :

  1. Tout d’abord, nous devons stopper l’hémorragie ! Il faut évaluer, compenser, et prendre les dispositions à la hauteur de nos activités. En tant qu’acteur du tourisme, nous devons rendre nul l’empreinte carbone de nos voyageurs, de l’arrivée dans le pays d’accueil au départ de celui-ci et les inciter activement à compenser leur trajet directement auprès des compagnies aériennes.
  2. La deuxième étape pour faire évoluer durablement le tourisme est celle qui redonne de la voix aux acteurs locaux bien souvent dissimulés derrière les intermédiaires. Redonnons-leur le pouvoir, car c’est à l’échelle locale que se construit la proposition touristique. Battons-nous pour que le voyage « local-made » devienne la norme des voyages de qualité. Il est nécessaire d’inventer de nouveaux modèles de gouvernance des entreprises du tourisme afin d’intégrer pleinement les acteurs locaux aux prises de décisions qui les impliquent. 
  3. Enfin, le troisième changement est celui qui nous invite à faire preuve de transparence. Faisons le choix de donner toutes les clés aux voyageurs de demain afin qu’ils décident en pleine conscience. Chacun devrait connaître le risque de sur-tourisme de sa prochaine destination et se voir suggérer des alternatives. De plus, si la curiosité des voyageurs s’éveille avec un accès facilité aux richesses de notre planète, cela conduira à des flux de touristes mieux répartis sur les territoires. Un tel projet ne peut être que collectif et doit pouvoir s’appuyer sur tout le potentiel offert par le digital. 

Ces engagements à innover dans une perspective de tourisme durable doivent être le combat du siècle pour les opérateurs du tourisme. J’en suis convaincu et j’en ai fait personnellement mon leitmotiv depuis 10 ans.
Il y a urgence à refonder le tourisme, urgence à s’extraire d’un modèle qui multiplie les effets négatifs pour ceux qui voyagent et pour ceux qui accueillent. L'immobilisme n'est décidément pas une option crédible. 

            Eric La Bonnardière

Tribune publiée le dimanche 28 juillet 2019 sur le site lemonde.fr.